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En fait, je suis une fille triviale. Je pense peu. C'est vrai, tous les jours, je fais ce que j'ai à faire, c'est à
dire me lever, aller en cours, manger, dormir... Et entre le moment où je me lève et celui où je m'endors, tout est bien rempli, organisé, orchestré. Je vis sans me poser de questions. Avec
la danse, les heures "d'aide au devoirs", le théâtre, la petite Marie que je vais chercher à l'école, les révisions et devoirs, le temps passé à lire ou écrire ici, les soirées, et tout cela qui
s’enchaîne inlassablement, et bien je n'ai pas le temps de penser. Ça paraît très idiot exposé ainsi mais c'est pourtant la vérité. Le soir, je tombe de sommeil, en cours, j'écoute et je
travaille, sous la douche, je chante, à table, je parle, dans mon bain, je téléphone... Je fais toujours quelque chose ! Et quand je réfléchis, c'est uniquement à propos de choses futiles,
genre "Quel est le prochain livre que j'achète ?" ou "C'est quand l'anniversaire de Bidule ?" Bref, je ne me penche jamais sur des sujets importants tels que, par exemple,
"Suis-je heureuse ?" Non, ce genre de question ne me passe jamais par la tête ! Par manque de temps et par caractère. Il faut qu'on me le demande pour je songe à y
songer.
____Mais là tout à coup devant ma page blanche,
avec "Jeune diplômée" de Zoë Avril en fond musical et bien je me la pose cette fameuse question. Suis-je heureuse ?
Spontanément, j’ai envie de répondre ‘oui’. Objectivement, l’autre petit mot serait bien mal venu. J’ai un solide groupe d’amis avec lesquels je me sens vraiment bien, une famille sympa et en
bonne santé, un bon bulletin scolaire, un projet professionnel fixé depuis des années, une belle grande chambre, une carte de bus, un portable, une garde-robe régulièrement renouvelée, bref, tout
l’attirail d’une jeune fille de 17 ans… et puis je suis moi même bien portante, pas plus laide qu’une autre, relativement sociable. Oui, je crois qu’une personne extérieure pourrait dire à mon
propos que j’ai "tout pour être heureuse". Et je suis heureuse. ( Et là, vous attendez la phrase commençant par "Mais", ne vous inquiétez pas, la voilà : ) Mais ma vie
amoureuse est détraquée, bien qu'elle ne soit pas déserte. Je reçois régulièrement de l’affection masculine qui me comble amplement sur le coup. Cependant, cet effet a une durée limitée et
arrive vite le moment où je désire jouir ( sans mauvais jeux de mots ) d'une vraie relation de couple. C’est alors que je me sens comme dans une impasse. Car je sais
malheureusement que ces instants passés en charmante compagnie n’ont plus d’avenir. Et car j’y suis pourtant attachée, peut-être plus que je ne le crois. Il me faudrait donc quelqu’un d’autre,
qui me sortirait de cette voie sans issue… ( Encore faut-il le trouver, cet "autre" ! Mais imaginons qu’il se pointe… ) En toute logique, car fidélité oblige, je ferais cesser notre
douceur éphémère. Non sans un petit pincement au cœur, je pense. Sauf que "souvent l’amour ça en peut plus ", et si tel était le cas avec cet autre, ce futur-ex, retournerai-je
me glisser dans le lit aux yeux verts ? Peut-être y aura t-il déjà quelqu’un, qui sait ? Ou peut-être que ce sera lui qui remontera mes marches en bois en tentant de ne pas
faire de bruit ? Et ce jusqu’à ce qu’on tombe sur "LA" bonne personne ? Et si on se lassait, à la longue ? Il y a pourtant tant à découvrir encore. "Profite du moment
présent", voilà ce que je me dis à chaque minute, mais en raisonnant ainsi, peut-être ai-je mis le doigt dans un engrenage sans fin ? Et si je me posais trop de questions, pour une
fois ? Je rêve d’une situation simple, mais dans le fond je préfère celle dans laquelle je suis plutôt que le réel célibat. ( car officiellement, je suis célibataire !
) Ces instants, quoi que certains puissent en penser, au moins on les vit. Seulement peut-être qu'ils ne sont pas aussi "inoffencifs" qu'il y paraissent.
____Et puis, mince, finalement, oui je suis heureuse, oui, oui, vraiment.
Un bon bouquin, un peu de rêve, du soleil et du chocolat. Il m’en faut pas plus, généralement.
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