*
___Il entra dans la pièce glauque où j'excerçais depuis déjà plusieurs heures. Il devait savoir qu'il me trouverait là-bas. Moi et mes lèvres ourlées, moi et mes yeux de biche, moi et mon corps libertin. C'était à tout cela qu'il rendait visite, ou bien peut être à moi-tout-court. Il arrivait avec le monde à bout de bras et de l'amour dégoulinant des poches de son jean. Et moi j'étais là, farouche et pourtant lascivement allongée dans un lit à baldaquin. J'attendais qu'il m'approche, me parle. Pourquoi était-il revenu ? Il n'était plus si beau : ses traits affichaient une immense fatigue, son corps tout entier avait forci et son sourire paraissait moins éclatant. Mais je lisais dans son regard l'appaisement que lui procurait le simple fait d'être là. Nous étions en suspension. Les souvenirs affluaient et transpiraient de cet être brûlant, presque dangeureux. On s'était tant aimé dans ce lit. Celui qui étouffe aujourd'hui le plaisir de ces hommes de passage. Oh oui, on s'est aimé, de toutes nos forces et en plein jour. Et à présent nous nous faisions face, scrutant l'autre telles deux bêtes sauvages, prêtes à bondir au moindre geste. A la façon dont il me prit dans ses bras, je sus qu'il avait besoin de moi. Son tourment devenait palpable au fur et à mesure qu'il m'embrassait,
accrochant ses lèvres aux miennes comme pour s'empêcher de couler.
Ses mains soucieuses redécouvraient mon corps déjà dénudé et je m'abandonnais sans craintes à ses caresses subtiles. Il me cajola avec une infinie douceur, comme si j'étais devenue
soudain une fillette chétive et maltraitée. Alors que mes yeux le couvait, je sentais naître en moi une vague de tendresse, qui ne tarda pas à me submerger toute entière. ___Aucun mot n'avait encore été prononcé lorsque, telle une plainte, il me souffla que j'étais belle. J'eus alors envie de lui faire l'amour, comme autrefois. Je ne savais ni pourquoi ni comment il était revenu ce jour là dans cette pièce où nous nous étions connus mais je désirais soudain vivre cette nuit comme la dernière en sa présence. Et profiter de chacun de ses centimètres carré que j'avais encore la possiblité d'aimer. Je souhaitais que dans mes bras, il dérobe un peu de son innocence perdue. Je souhaitais simplement que dans mes bras, il soit heureux, et qu'il ne pense plus qu'à ça. Suite à notre jouissance simultanée, il vint m'offrir un long baiser teinté de gratitude puis je le vis se lever et se diriger vers la porte. Il s'en allait, et moi je restais impassible alors que mes entrailles se disloquaient. Je fuyais son regard, évitais l'ultime déchirement. Quand mes yeux se risquèrent en direction du seuil, ils ne découvrirent qu'un petit billet, délicatement déposé sur le sol.
●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●●
+
par _Camille_



