
"Je vous revois arriver, tendue de désir par quelques jours de retard de règles, et avec même un test qui disait oui, niché au fond de votre sac. Il n'y avait ni bruit, ni forme, ni douleur, pas une trace de vie. Juste quelques signes. A moi de les interpréter, comme s'il m'appartenait d'exaucer une prière intime. A moi de faire l'annonce. J'use de mots très simples, on n'habille pas cette nouvelle-là. Que vous ai-je dit, sinon "oui, vous êtes enceinte" ? Vous avez souri. Moi aussi, délissant un moment les dosages, les sigles, les codes médicaux, ces hiéroglyphes que je déchiffre et dont j'aime la musique qui change l'espoir en certitude."
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"Cet enfant, vous le portez en vous depuis si longtemps, bien avant d'être enceinte. De longs mois, il s'est agité dans votre tête. Il fut un rêve de jeune femme, il fut remis à plus tard, puis il revint, adorable tentation, abîme d'espoirs et de craintes. Il fut conçu enfin, le temps d'un regard à deux, qui voulait dire peut-être."
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"L'accouchement ressemble à une séparation de la mère et de l'enfant. N'est-il pas plutôt leur première rencontre ? Celle de deux êtres qui se sont toujours parlés à distance, s'envoyant mots doux et petits coups feutrés par-dessus la barrière du corps et de l'eau. Le bébé à peine sorti se calme dès qu'on le pose tout contre sa mère. Ce n'est pas qu'il la retrouve, c'est qu'il la découvre, enfin, peau contre peau. Promesse tenue à l'aude de sa vie. Puis le père les rejoint par la parole, les gestes. Les mots qui se disent alors à trois sont à eux. Je ne veux pas les entendre, les leur voler. Moi l'accoucheur, au coeur de bien des intimités, je tiens à leur laisser celle-là, celle des premiers échanges, des premiers chuchotements."
par _Camille_



